Un mur en pierre laisse passer la vapeur d’eau. Un mortier trop dur ou mal dosé bloque ce passage, et c’est la pierre qui en pâtit.
Reste à savoir quel mortier choisir et dans quelles proportions. Cet article vous explique le dosage, les précautions et ce qui change entre mur extérieur et mur intérieur.
Le dosage à retenir selon le mur
Le mortier bâtard pour sceller et jointoyer
Pour rejointoyer un mur en pierre à la manière traditionnelle, le mortier bâtard se dose à 400 à 500 kg de liant par m³ de sable.
Le liant se compose d’un tiers de ciment et de deux tiers de chaux hydraulique. Ce repère ne vaut que pour le rejointoiement, pas pour monter un mur.
Un mur intérieur sec reçoit moins de pluie, tant mieux, mais la pierre, l’ancien mortier et l’exposition à l’eau comptent aussi. Pour comprendre comment la maison en pierre calcaire réagit à l’humidité, lisez ce guide.
Un joint profond ne se traite pas comme une simple surface, et le dosage monte nettement.
| Critère | Rejointoiement traditionnel | Bourrage d’un joint profond |
|---|---|---|
| Dosage du liant | 400 à 500 kg par m³ de sable, le dosage vu ci-dessus | Peut atteindre 600 kg par m³ de sable |
| Usage | Refaire la surface des joints | Remplir le fond d’un joint creux à la main (matage) |
| Étape suivante | Finir la surface selon l’aspect voulu | Fermer le matage par un rejointoiement traditionnel |
Le mortier de chaux seul pour les joints décoratifs intérieurs
Pour des joints décoratifs intérieurs, la chaux seule suffit. La recette de base est 1 volume de chaux pour 3 volumes de sable. Mesurez chaque volume avec le même seau.
Le sable change le résultat. Pour un joint fin, prenez du sable lavé 0/2 mm et ajoutez un peu de chaux : un sable fin demande plus de liant. Pour un joint plus large, c’est le 0/4 mm.
Testez sur une planche : la chaux s’éclaircit en séchant.
Ce qu’il vous faut
Avant de gâcher, rassemblez tout. Prenez la chaux adaptée à votre pierre, du sable propre et calibré, et du ciment seulement si la recette l’exige. Pour choisir la chaux, lisez ce guide sur les maisons en pierre calcaire.

Ajoutez de l’eau propre, un bac pour gâcher, une truelle, une brosse métallique et une brosse douce. Un seau gradué mesure la chaux et le sable séparément, pour garder les mêmes proportions d’une gâchée à l’autre.
La chaux en poudre irrite la peau et peut blesser gravement les yeux, donc gants, lunettes et vêtements couvrants. Ne dosez pas au pifomètre : c’est la cause des mortiers qui varient d’un jour à l’autre.
Choisir la chaux selon la pierre et l’usage
Le réflexe du ciment est justement ce qui pose problème ici. Sur le tuffeau et les autres calcaires, on rejointoie à la chaux naturelle. Le ciment durcit trop et bloque la vapeur d’eau, donc c’est la pierre qui en pâtit.
Pour les pierres tendres et les vieux murs, la NHL 2 donne un mortier souple, qui suit le mur sans le serrer. La NHL 3,5 convient aux pierres de dureté moyenne, et la NHL 5 aux supports durs.
Un liant trop dur se paie après quelques semaines, pas le jour même. Un mauvais dosage entre le sable et le liant crée des tensions dans l’enduit, alors vérifiez d’abord le type de pierre.
Avant d’acheter le sac, faites-la identifier par un maçon : c’est le plus sûr.
Préparer le support et les joints
Un bon mortier ne rattrape pas un joint mal préparé. Commencez par dégarnir l’ancien joint sur une profondeur minimale d’environ 2,5 fois l’épaisseur du futur joint. Ne dégagez pas tout un parement d’un coup, sinon le mur se fragilise.

Ne dégarnissez pas plus de joints que vous n’en refaites dans la journée, sinon la pluie ou le soleil les abîment avant vous. Évitez les joints creux de plus de 1 cm, qui retiennent l’eau et les saletés.
Brossez et dépoussiérez les joints, puis humidifiez-les sans faire ruisseler l’eau. Trop sec, le support pompe l’eau du mortier ; trop mouillé, il la ralentit et le fragilise. Deux arrosages légers valent mieux qu’un seau versé d’un coup.
Gâcher et jointoyer, étape par étape
Mesurez la chaux et le sable avec le même seau, puis mélangez-les à sec. Ajoutez l’eau petit à petit, en malaxant entre chaque ajout, car le sable humide en apporte déjà.
Si le mortier coule, n’ajoutez pas de sable pour rattraper : vous changeriez le dosage. Attendez quelques minutes et remalaxez, le mélange va se reprendre. Il doit rester ferme et maniable.

Appliquez au fond du joint, puis protégez l’ouvrage du soleil, du vent, du gel et des pluies pendant la prise.
Par temps sec, humidifiez. Sur un premier mur, ne sautez pas la planche d’essai : elle évite de refaire toute la façade.
Les erreurs et comment les rattraper
Une erreur de dosage se voit après quelques semaines, pas le jour même. C’est ce qui agace : on croit le travail réussi jusqu’au premier joint qui s’effrite.

Trop de ciment rend le mortier plus dur que la pierre, et sur une pierre tendre, ce sont les bords qui éclatent. Un mortier trop pauvre s’effrite, et un excès d’eau le fait fissurer au séchage.
Pour rattraper un joint raté, dégarnissez-le, nettoyez, humidifiez, puis regarnissez au bon dosage. Rejointoyer ne répare pas un hourdage dégradé, car c’est lui qui lie les pierres. Inutile de reboucher une fissure sans en chercher la cause d’abord.
Ce qu’on ne fait pas soi-même
Pour un joint de surface en bon état, vous pouvez vous en charger. Un mur qui bouge, des pierres qui se déplacent ou un hourdage dégradé demandent un diagnostic avant tout. Le rejointoiement ne répare pas un désordre de maçonnerie.
Un maçon ou un tailleur de pierre lit l’état du mur, la pierre et l’exposition, puis propose un mortier adapté.
En bord de mer, la chaux est proscrite au profit du ciment, mais c’est une exception, pas un modèle pour un mur courant.
Un professionnel facture environ 30 à 110 € le m² de rejointoiement, selon l’état des joints. Ce prix ne se compare pas à un mur fragilisé par un mauvais dosage. Au moindre doute sur la structure, faites venir un maçon.
Retenez deux choses : le type de pierre décide de la chaux, et chaque ingrédient se mesure avec le même seau. Sinon, le dosage varie d’une gâchée à l’autre.
Votre prochain pas : faites identifier la pierre par un maçon, puis testez le mortier sur une planche. Ne sautez pas cette étape, c’est elle qui évite de refaire toute la façade.





